Des recherches participatives à l’initiative de commanditaires


Les Nouveaux Commanditaires – Sciences :

[Télécharger le protocole en pdf]

Depuis 2013, l’Atelier des Jours à Venir développe le programme Nouveaux Commanditaires – Sciences (NC-S), au départ avec le soutien de la Fondation de France et désormais selon ses propres moyens. Le programme NC-S vise à la réalisation de projets de recherche enracinés dans des questions de citoyen·nes, et co-construits par les chercheur·euses et les citoyen·nes.

Cette démarche s’inspire du programme des Nouveaux Commanditaires – Art, mis en place en 1991 et soutenu par la Fondation de France, qui a abouti à la création de plus de 450 oeuvres d’art dans 8 pays européens, conçues dans un dialogue entre artistes et citoyen·nes. La Fondation de France est un organisme privé et indépendant, qui aide à concrétiser des projets à caractère philanthropique, éducatif, scientifique, social ou culturel.

La recherche participative telle que nous la pratiquons dans le dispositif NC-S est radicale (Godrie, Juan, Carrel, 2022)[1], aussi classée comme extrême (Haklay, 2013)[2] : nous partons de collectifs ancrés dans des territoires pour formuler une question de recherche qui les concerne, et impliquons des chercheur·euses académiques dans un second temps seulement. Dans le dispositif du protocole NC-S, le monde académique n’est pas à l’origine d’une démarche, il n’en détermine pas les débuts. C’est de la situation de vie des personnes concernées qu’émane l’expression d’un besoin de connaissance, d’une question.


Acteurs en présence dans les démarches NC-S :

  • Les commanditaires : Ce sont des individus, au moins deux, réunis par une curiosité commune et un intérêt durable pour la démarche de recherche à mettre en œuvre. 

  • Les chercheur·euses : Il s’agit de chercheur·euses professionnel·les, c’est-à-dire que leur pratique de recherche constitue une activité professionnelle, même s’ils·elles peuvent être dans une situation de précarité, sans poste permanent. Ils et elles sont sollicités par les médiateur·ices, en fonction du questionnement exprimé par les commanditaires.

  • Les médiateur·ices : Ils et elles appartiennent à une communauté académique, de façon à accompagner aussi bien chercheur·euses et commanditaires dans la co-construction d’une recherche de manière réflexive et critique. S’il y a un·e médiateur·ice référent·e par démarche, ils et elles peuvent intervenir à plusieurs, à l’image des collectifs de recherche.

Modalités d’action du protocole des NC-S :

  • Les commanditaires occupent une place centrale dans la formulation de la question de recherche et tout au long du projet,
  • Les médiateur·ices ont une place conséquente du début à la fin du projet,
  • La réalisation d’une recherche scientifique par des chercheur·euses professionnels, ancrés dans leur communauté, ses normes institutionnelles et épistémiques,
  • Le dialogue entre commanditaires et chercheur·euses se fait tout au long du projet,
  • Les chercheur·euses se déplacent sur le territoire pour rencontrer les commanditaires,
  • Une durée longue, non définie a priori, celle de la recherche authentique,
  • Les livrables sont pensés à destination du milieu académique (publications scientifiques dans des revues à comité de lecture) et du milieu commanditaire, donc de la société civile (plusieurs formats possibles, en fonction des besoins).

Grandes étapes du protocole des NC-S :

  • Identifier un groupe de commanditaires ; nous pouvons aussi parler de « communauté sensible » : des personnes directement concernées par la problématique de recherche qui sera soulevée. Ces personnes partagent un commun, que ce soit un lieu de vie, un concernement, une maladie, un intérêt personnel, une militance… Les groupes de commanditaires sont généralement constitués de 5 à 15 personnes.
  • Émergence de la question de recherche2 ans
    • Orienter vers une question de recherche avec une pertinence académique : en utilisant des outils d’animations issus des concepts de Bruno Latour et de l’éducation populaire, nous animons plusieurs ateliers ancrés dans la vie de chacun·e des commanditaires pour converger vers l’identification d’un ou plusieurs problème(s) commun(s). Puis, par l’expérience de recherche qu’ont les médiateur·ices sciences, nous apportons des ressources bibliographiques concernant ces problèmes pour choisir ensemble une problématique considérant l’état de l’art de la recherche sur le sujet. L’objectif étant d’identifier quel est le champ disciplinaire approprié pour répondre à la question, quelle est la problématique précise, quel est le niveau de participation dans la recherche souhaitée de la part des commanditaires et quelle utilité de faire cette recherche en tant que recherche participative.
    • Identifier des chercheur·euses rattaché·es à une institution publique souhaitant s’engager dans la démarche. Nous favorisons si possible des chercheur·euses rattaché·es à des laboratoires publics et si possible ayant la maîtrise de la langue d’élocution des commanditaires, notamment pour faciliter les rencontres avec les commanditaires. A ce jour, nous avons également une maîtrise des dispositifs de financement de la recherche au niveau national français ainsi que ceux de l’espace euro-régional Nouvelle-Aquitaine / Communauté Autonome Basque / Communauté Forale de Navarre. Ce temps d’identification et la prise de contact avec les chercheur·euses est parfois long et fastidieux. Il faut trouver la bonne personne, qu’elle soit disponible, qu’elle n’ait pas d’a priori négatif trop fort à l’encontre des recherches participatives et surtout qu’elle soit ouverte à un re-positionnement épistémologique.
    • Identifier des chercheur·euses rattaché·es à une institution publique souhaitant s’engager dans la démarche. Nous favorisons si possible des chercheur·euses rattaché·es à des laboratoires publics et si possible ayant la maîtrise de la langue d’élocution des commanditaires, notamment pour faciliter les rencontres avec les commanditaires. A ce jour, nous avons également une maîtrise des dispositifs de financement de la recherche au niveau national français ainsi que ceux de l’espace euro-régional Nouvelle-Aquitaine / Communauté Autonome Basque / Communauté Forale de Navarre. Ce temps d’identification et la prise de contact avec les chercheur·euses est parfois long et fastidieux. Il faut trouver la bonne personne, qu’elle soit disponible, qu’elle n’ait pas d’a priori négatif trop fort à l’encontre des recherches participatives et surtout qu’elle soit ouverte à un re-positionnement épistémologique.
  • Rencontre entre les chercheur·euses et les commanditaires : il s’agira ensemble de retravailler la problématique, en fonction des connaissances plus précises et des capacités de recherches propre au/à la chercheur·euse ; de s’accorder sur les grandes lignes méthodologiques de la recherche et sur les modalités de participation aux différentes étapes de la recherche. Un point sur les attentes en termes de valorisation de la démarche peut aussi être abordé, tant pour les chercheur·euses que pour les commanditaires. Ces rencontres se font sur le territoire des commanditaires (et non dans les universités ou laboratoires de recherche). C’est le·la chercheur·euse qui se déplace sur le terrain de vie des commanditaires ; notons que ce point est tout à fait inhabituel pour les chercheur·euses en dehors de certains champs disciplinaires tels que de l’écologie, la géographie, la sociologie et l’anthropologie.
  • Recherche de financements pour faire la recherche par les chercheur·euses et médiateur·ices. Les médiateur·ices peuvent suggérer des pistes de financements et aider à écrire les dossiers, néanmoins, il est important que les chercheur·euses prennent pleinement la responsabilité de la formulation du sujet et de la question de recherche auprès des instances académiques. Il est donc attendu une implication forte dans l’écriture et la soumission du projet. Les médiateur·rices veillent à la bonne place des commanditaires dans le projet – 1 à 2 ans
  • Une fois obtention des financements, la co-production de la recherche avec implication des commanditaires est initiée. La recherche se fait donc sous la tutelle de l’institution du·de la chercheur·euse, parfois en travail d’équipe et implique pleinement les commanditaires en fonction de leur volonté et capacité de participation : les commanditaires discutent et s’impliquent avec les chercheur·euses tant dans la méthodologie, les choix et compréhension du protocole, la collecte de résultat, l’analyse et la conclusion – 1 à 4 ans
  • Valorisation de la recherche par les chercheur·euses pour le monde académique (publication scientifiques à comité de lecture, présentation lors de colloques, séminaires, etc.) et appropriation des résultats par les commanditaires sous les formes qu’ils·elles sont en capacité de produire ou dont ils·elles ont besoin.

[Voir des exemples de réalisation NC-S ]


[1] Godrie B, Juan M., Carrel M., 2022, “Recherches participatives et épistémologies radicales : un état des lieux”, Participations, 32, 11-50.

[2] Haklay M., 2013, “Citizen Science and Volunteered Geographic Information – overview and typology of participation”, Crowdsourcing Geographic Knowledge: Volunteered Geographic Information (VGI) in Theory and Practice., Elwood S., Goodchild M-F. (eds.), Berlin, Springer, 105-122.